La nuit a été mauvaise pour Simon qui se réveille avec un mal de dos épouvantable. Le matelas est trop fin. Nous décidons de changer d'hôtel. Ranjeet passe quelques coups de fil et réussit à nous dégoter une suite dans le fort Chanwa à Luni pour un prix raisonnable.

Notre journée commence par la visite du mémorial royal, Jaswant Thada, en marbre blanc, érigé pour Jaswant Singh II (1873- 1895). D'ici, la vue sur le fort qui surplombe la ville bleue est très belle. Ses hautes murailles sont très impressionnantes.

 

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Une demi-heure plus tard nous sommes à l'entrée du fort. Il fut bâti en 1459 par le souverain Rao Jodha mais les palais à l'intérieur furent construits entre le XVIIe siècle et le XIXe siècle. Mehrangarh signifie “fort de majesté” et c'est vrai qu'il est très beau. Il a été redoutable et victorieux de nombreuses attaques sauf à deux reprises: en 1544 et en 1678 où il fut pris par Aurangzeb. La porte de fer, hérissée de pointes pour éviter que les éléphants ne l'enfoncent témoigne de son invulnérabilité. Cette fois, nous avons pris un audioguide chacun, histoire de se cultiver un peu! J'ai prêté une oreille attentive aux explications qui m'ont beaucoup intéressée. Nous montons doucement la rampe d'accès et nous nous arrêtons devant une plaque qui marque l'endroit où fut emmuré un homme qui se sacrifia pour que la ville ne manque pas d'eau. A Jodhpur une seule peur dominait: la pénurie d’eau. Selon la légende, basé sur une colline surplombant la ville, un ermite aurait été délogé lors de la construction du fort. En réponse à cette expropriation, l’ermite aurait réclamé aux dieux de punir Jodhpur en ne leur fournissant plus d’eau. Afin d’apaiser les dieux, les prêtres de Jodhpur décidèrent de procéder à un sacrifice humain. Un brave se désigna et fut emmuré vivant dans les fondations du fort.

Nous rentrons dans les palais en pierre rouge et aux fenêtres ouvragées qui sont un témoignage magnifique de l'art rajpoute. Chaises à porteurs, palanquins, armes, miniatures sont exposés. Les salles de réception sont clinquantes et dorées. Dans une des cours, un brahmane tire sur sa hookah entre deux prières. Un gardien déroule son turban et montre aux touristes comment il l'enroule sur sa tête. La vue sur la ville en contrebas est très belle.

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Toutes ces merveilles et cette beauté ne pourraient cependant effacer la barbarie et la violence de la société indienne, à l'époque rajpoute mais également à notre époque. L'empreinte des mains des princesses qui s'immolèrent sur le bûcher funèbre de leur époux rappelle que le sort des femmes en Inde était terrible. Les sati furent nombreux et le dernier sati royal eut lieu en 1953, il y a à peine 60 ans! Ce qui est plus terrifiant encore est que cette tradition semble encore exister au début du vingt-et-unième siècle. Vous trouverez ci-dessous l'extrait d'un article sur le sati écrit en 2002 par Sanal Edamaruku, président de l'Association rationaliste internationale qui tente de s'opposer aux superstitions et aux pseudo-sciences en Inde. Né en 1955, Sanal Edamaruku se bat inlassablement contre des croyances qu’il estime non seulement superficielles, mais surtout néfastes et dangereuses.

"J’ai toujours pensé qu’il y avait deux Indes, résume-t-il aujourd’hui. Celle du XXIe siècle est moderne, scientifique ; celle du XVIIe siècle veut nous ramener dans l’âge sombre de l’intolérance, de la bigoterie et de la superstition."

 

Initialement, la tradition du sati existait uniquement chez les Rajputs durant la période Mughal. Le janhar de masse, une forme de suicide de groupe, a été fait par les femmes des guerriers vaincus en sautant de la muraille d'un château dans un feu allumé plus bas, probablement pour sauver leur honneur et éviter l'humiliation dans les mains des envahisseurs victorieux.  Cependant, au cours du temps, la coutume devint largement répandu dans d'autres groupes de personnes, principalement à cause du traitement extrêmement cruel que la société hindoue réserve aux veuves. Même aujourd'hui, les veuves sont souvent victimes de crimes sociaux, violées et punies par le rejet social. Le sati est souvent demandé par la belle famille, qui tire profit de l'élimination de l'héritière supplémentaire des biens du mari. Il y a des lois comme celle sur le remariage des veuves destinées à garantir les acquis des jeunes veuves, mais l'hostilité sociale contre les veuves demeure encore actuellement bien réelle.”

 

L'Inde et le Rajasthan recèlent de bijoux architecturaux exceptionnels mais ces merveilles ne doivent pas faire oublier le sort intolérable réservé aux femmes, aux enfants, aux basses castes et à ces millions de personnes qui n'ont pas droit à une vie digne. Je reviens de ce voyage fascinée mais en même temps plus éveillée et consciente des profondes injustices qui marquent ce pays.

 

Pour lire l'article sur le sati en entier, cliquez sur ce lien http://atheisme.org/sati.html

Pour en savoir plus sur son auteur, cliquez ici http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/interdit-de-critiquer-le-miracle-01-06-2012-2535_118.php

 

 Fort Chanwa (Luni): belle suite, séjour très agréable 5/5